Chez Françoise
Françoise d'Aubigné :
Ninon ! Me direz-vous ce que signifie tout ce mystère ?
Ninon de Lenclos :
Françoise, ma belle, les portes du destin s'ouvrent enfin toutes grandes... Vous n'attendrez plus longtemps...
Françoise d'Aubigné :
Cessez-vous de parler par énigmes ?
Madame de Montespan arrive
Madame de Montespan :
Oh Mesdames ! Je suis bien aise de vous trouver ici... Ninon, je vous remercie d'avoir répondu si promptement à ma demande...
Ninon de Lenclos :
Ma chère, voici Françoise d'Aubigné, veuve de Scarron... Son dévouement et sa discrétion vous assureront...
Madame de Montespan :
Le temps presse... Madame, l'enfant du Roi que je porte devra naître dans le secret, et ne pourra vivre à la cours... Acceptez-vous de prendre la charge, de son éducation ?
Françoise d'Aubigné :
Madame, je ne sais si je suis digne, d'une telle confiance de votre part... De plus, je n'ai ni logement, ni gens...
Madame de Montespan :
Mais ne vous inquiétez de rien ! Sa Majesté veillera à tout et vous serez, largement dédommagée... Acceptez-vous ?
Ninon de Lenclos :
Françoise, ne soyez pas sotte !
Françoise d'Aubigné :
Pour vous plaire Madame, et plaire à Sa Majesté, j'accepte...
Madame de Montespan :
Alors tenez-vous prête ! Je vous ferai quérir le temps venu...
Elle sort
Ninon de Lenclos :
N'avais-je pas raison ? Vous voici un pied à la cours...
Le triomphe de Montespan :
Au château
Louis XIV :
Messieurs ! Cette fête marquera la victoire sur nos ennemis, et le retour de la paix en Europe... Je veux qu'elle ait lieu à Versailles, et qu'elle soit la plus magnifique de toutes !
Madame de Montespan :
Pour votre gloire Sire ! Et celle de votre royaume !
Louis XIV :
Pour vous ma tendre amie ! Elle célèbrera notre amour au monde entier !
Molière :
Sire, je vous propose comme titre : « Le grand divertissement royal »
Louis XIV :
Bien ! Cela me va... Et quel en sera le programme Monsieur Molière ?
Molière :
En une seule journée Sire ! Tout d'abord, un grand ballet, Bacchus, les fêtes de l'amour... Puis, ma dernière comédie : Georges Dandin, dont Monsieur Lully écrira la musique... Et enfin féerie des eaux, et feu d'artifice !
Louis XIV :
Bien ! Très bien !
Molière :
Sire, nous construirons un théâtre dans le parc du château... Pour cela, nous devrons procéder à quelques travaux d'agrandissement...
Il lui montre un plan
Molière :
Tenez... Ici, et là ! Enfin, si Monsieur Colbert nous y autorise...
Colbert :
Votre Majesté, le coût de cette fête se monte déjà à 150.000 livres, et la construction du château lui-même ruine les finances de l'Etat...
Louis XIV :
Colbert, Versailles sera le symbole de notre puissance pour les siècles à venir, il sera le rayonnement de la France, et rapportera au pays bien plus qu'il n'aura coûté...
Colbert :
Votre Majesté, les ouvriers travaillent jours et nuits, ils sont décimés par la malaria, nous risquons la révolte ! Et mes agents me rapportent que votre cousin Beaufort n'est pas étranger à cette agitation...
Madame de Montespan :
Evidemment Sire, vous lui avez pardonné la Fronde et il continue à vous trahir...
Louis XIV :
Vous avez raison Madame, Colbert, faites-le arrêter, qu'on me le présente sur le champ...
La colère de Montespan :
Dans les appartements de Madame de Montespan
Madame de Montespan :
Aie ! Mais faites donc attention pauvre idiote ! Vous me faites mal ! Donnez-moi cette brosse !
Une servante :
Je suis désolée Madame...
Madame de Montespan :
Vous ! Aidez-moi à cacher ces rides ! Il ne faut surtout pas que Sa Majesté les voie... Allez poudrez ! Allez poudrez ! Oh mais quelle maladroite ! Laissez-moi faire ! Oh, toujours paraître, plaire, distraire... Voilà Madame Scarron ce qu'est la vie de la favorite du Roi... Parfois je vous envie Françoise, votre vie est simple, Dieu et les enfants sont vos seules préoccupations... A propos, le Duc est-il prêt ? Car ce soir nous allons veiller à la cours...
Françoise d'Aubigné :
Madame, votre fils revient de cure, sa jambe le fait encore souffrir et sa fatigue est extrême... Il serait sage de le laisser...
Madame de Montespan :
Laissez-moi juge de ce qui est sage pour mon fils, Madame Scarron...
Françoise d'Aubigné :
Et moi je tiens que la place de votre fils, fut-il prince de sang, n'est pas le soir dans les mondanités de la cours, mais au repos, couché dans son lit, comme tout enfant de son âge...
Madame de Montespan :
Madame, ce soir le Duc paraîtra aux yeux de tous, accompagnant son père, et sa mère...
Françoise d'Aubigné :
Mais vous allez l'épuiser !
Madame de Montespan :
Mais s'en est trop ! Taisez-vous !
Mais non pas vous, continuez ! Voyez donc cette femme, née de nulle part, veuve d'un poète paralytique sans le sou, que j'ai tirée de la misère, et qui vient maintenant me donner des leçons ! Madame Scarron, ici vous n'êtes que gouvernante, et par la volonté du Roi, ne l'oubliez pas... Un mot de moi à Sa Majesté, et vous retournerez à vos salons de Province... Ou plutôt dans un couvent, vous confire en dévotion... Allez préparer mon fils !
Madame de Maintenon :
Françoise d'Aubigné :
Pour le service de Madame de Montespan, permettez-moi de me retirer...
Louis XIV :
Je vous en prie... Madame de Maintenon...
Françoise d'Aubigné :
Madame de Maintenon... Oh Sire ! Je vous remercie !
Madame de Montespan :
Madame de Maintenon ! Vous l'avez appelée Madame de Maintenon ! Vous me désavouez à ce point ? Jamais je n'aurais cru...
Louis XIV :
Madame je vous en prie... Calmez-vous...
Madame de Montespan :
Me calmer !! Mais mon ami ne vous privez pas ! Anoblissez cette femme ! Installez-là à la cours ! Alors qu'à tout moment elle se joue de mon autorité ! Et cherche à m'humilier !
Louis XIV :
Madame ! Je tiens à conserver Madame de Maintenon auprès de notre fils, je suis content de ses services, et je suis convaincu qu'ayant retrouvé vos esprits vous en conviendrez avec moi... En lui conférant ce titre et cette terre, je tenais simplement à lui montrer notre gratitude...
Le roi et l'enfant :
Louis XIV :
Enfin Monsieur vous voici... Est-ce dont à un jeune prince de faire attendre le Roi ?
Françoise d'Aubigné :
Votre Majesté, veuillez nous pardonner ce retard... Allez mon mignon, c'est à vous maintenant...
Duc du Maine :
Sire, respectez l'humble et respectueux hommage, d'un fils hier encore inconsolable, et aujourd'hui ravi de retrouver le père chéri auquel la maladie l'avait cruellement arraché...
Louis XIV :
Voilà un joli compliment mon fils, et fort bien dit... J'en suis touché et fier... Quelle muse vous l'a donc inspiré ?
Duc du Maine :
Sire, c'est une dame auprès de moi, qui est la douceur, et la bonté même...
Louis XIV :
Je vois...
Françoise d'Aubigné :
Monsieur, montrez encore à votre père les progrès que nous avons faits...
Le Duc titube et trébuche
Madame de Montespan :
Oh mon petit !! Laissez cet enfant !! Pauvre insensée ! Il est malade, et vous vous moquez de ses souffrances !
Louis XIV :
Madame !
Madame de Montespan :
Non Sire, je ne permettrai pas que notre fils soit ainsi le jouet de cette femme ! Oh, mon petit, ne pleurez plus, votre maman est là ! Oh ! Comme vous êtes beau avec vos habits ! Vos cousins vont être jaloux ce soir ! Allez venez... Venez...
Louis et Françoise :
Louis XIV :
Madame... Je vous suis infiniment reconnaissant des soins et de la tendresse que vous donnez au service de mon fils...
Françoise d'Aubigné :
Sire, je dois tout à Votre Majesté...
Louis XIV :
Vous ne devez rien qu'à vous-même, à votre dévouement, votre douceur... Vous savez bien aimer, Madame, et comme il y aurait du plaisir à être aimé de vous... Me promettez-vous de ne jamais nous quitter ?
Françoise d'Aubigné :
Tant qu'il plaira à Votre Majesté, je veillerai sur les siens...
Louis XIV :
Mais veillerez-vous sur moi ?
Françoise d'Aubigné :
Sire...
Louis XIV :
Je n'exige rien Madame, je vous en prie, seulement...
La Messe Noire :
La Voisin :
Que donne le sang d'un calice, pour qu'un seul de mes vœux s'accomplisse
Que donne l'innocence d'un fils, et toutes les prières
Toutes les prières, en sacrifice...
La Voisin tend à Athénaïs, un nourrisson à sacrifier quand les soldats arrivent.
L'arrestation :
La Voisin lui tend un nourrisson à sacrifier quand les soldats arrivent
Madame de Montespan :
Non ! Non ! Non !
Louis XIV arrive.
Le bannissement de Montespan :
Louis XIV :
Maintenant Messieurs, je vous prie de nous laisser seuls... Monsieur Colbert, restez... Vous, Madame, ainsi vous m'avez trahi, et doublement !
Madame de Montespan :
Sire, je suis coupable puisque vous le croyez, mais je ne vous ai pas trahi...
Louis XIV :
Pourtant Madame, non seulement vous vous êtes livrée au culte de Satan pour me réduire à vos désordres, mais vous avez aussi nourri le projet de m'empoisonner !
Madame de Montespan :
Oh jamais je n'ai voulu cela ! Ce ne sont que calomnies !
Louis XIV :
Tous ces témoignages sont accablants ! La propre fille de l'empoisonneuse La Voisin vous a vue acheter ma vie, et celles des pauvres innocents dont vous étiez jalouse !
Madame de Montespan :
Mensonges !! Elle a menti sous la torture des juges ! Et du bourreau !
Louis XIV :
De la justice du Roi Madame, celle de Dieu ! Et pour comble de tout, avec vos complices, vous étiez prête à sacrifier la vie d'un enfant !
Madame de Montespan :
Oh non pas l'enfant Sire ! Je ne savais pas...
Louis XIV :
Il suffit ! Je ne peux plus vous croire ! Et je ne veux plus vous entendre !
Madame de Montespan :
Sire, je n'ai d'autre défense, que l'amour que je vous porte... Et si j'ai pêché je ne regrette rien ! Ma seule douleur, est d'avoir perdu le vôtre... Sire !
Louis XIV :
Au nom de nos enfants Madame je vous garde à la cours... Mais je vous demande désormais, de respecter ma personne, et d'observer la plus grande réserve à mon égard... Adieu !
Colbert !
Colbert :
Votre Majesté...
Louis XIV :
Je veux que l'on garde secret ce qui s'est passé cette nuit... Personne ne doit savoir...
Colbert :
Il en sera fait, selon vos ordres...
Louis XIV :
Allez !
La lettre :
Correspondance entre Louis et Françoise
Louis XIV :
Madame, vous savez le respect que je portais à ma pauvre épouse défunte, la Reine... Je vous remercie de l'attention et des soins dont vous m'avez entouré depuis son décès... Mais aujourd'hui je ne peux plus tricher... Pourquoi fuyez-vous mes regards ? Pourquoi ne cessez-vous de m'éviter ?
Françoise d'Aubigné :
Sire, combien me sont douces ces lignes, mais comme elles sont cruelles...
Louis XIV :
En vain j'espère de vous un instant auprès de moi, seuls, mais rien n'y fait... Pourtant Françoise, tout en vous dit que vous m'aimez, comme je vous aime...
Françoise d'Aubigné :
Vous croyez lire mes sentiments, et vous avez raison... Je vous aime... Mais cet amour est aussi fort que la tristesse qu'il me donne, car je dois y renoncer...
Louis XIV :
Mais pourquoi résister ? Ne suis-je pas libre maintenant ?
Françoise d'Aubigné :
Jamais je ne pourrai être votre femme...
Louis XIV :
Plus rien ne s'oppose à notre union, je m'en arrangerai avec Dieu...
Françoise d'Aubigné :
Sire, il faut vous remarier, pour le bien de votre royaume, mais avec une femme de votre rang... Aujourd'hui même, vous devrez faire ce choix, parmi les princesses que l'on vous présentera...
Louis XIV :
Je vous en prie Madame, j'attendrai le temps qu'il faut, mon cœur vous appartient...
Françoise d'Aubigné :
Oh Louis ! En écrivant ces mots, je comprends que je vous perds à jamais, mais je vous resterai fidèle, jusqu'à mon dernier souffle...
Conclusion de Molière :
Le rideau se baisse sur les deux amoureux
Molière :
Comme ils sont beaux ! Comme ils ont l'air heureux ! On dirait, la fin d'un conte, comme ceux de mon ami Charles Perrault... Et pourtant, il s'agit bel et bien de la vie du Roi dont le règne fut le plus illustre, et le plus fastueux de notre histoire... Moi-même j'ai écrit pour lui... Et comme tant d'autres : peintres, poètes, musiciens, philosophes, architectes... Nous avons bâti sa renommée, celle de Louis XIV... Le Roi Soleil... Alors ce soir une dernière fois, je vais remonter l'horloge du temps, et cette cours magnifique va reprendre vie, et chanter, pour vous !
Majesté ! Messeigneurs !